Marcher dans le rêve d’un autre

  • 13/10/2017 - 01/04/2018

Première édition de la Biennale d’Architecture

Que signifie organiser une biennale d’architecture aujourd’hui ? Que signifie une exposition ?
La conscience qu’une biennale, ou une exposition, n’est jamais de maintenant. Ce n’est surtout pas une liste. Encore moins une démonstration.
A vrai dire, une exposition d’œuvres d’architectes et d’artistes, pas plus que les œuvres elles-mêmes, n’a rien à dire. C’est peut-être :
Un espace de nostalgie.
Un lieu pour les regrets.
Un polyptique des absences.
Un vide pour que la déambulation du regardeur y trace les nouveaux récits de l’histoire de l’art.
Un lieu pour y déposer nos doutes.
Une biennale est un espace pour douter.

La Biennale d’Architecture d’Orléans est une « biennale de collection », construite comme une rencontre des mémoires : celles des œuvres de la collection, et celles des architectes et artistes invités. Il s’agit de les questionner sur leur manière d’aller marcher dans nos rêves et nos peurs pour revenir et conter notre histoire. Les œuvres produites par les cinquante-trois architectes et artistes invités sont, parfois des dialogues avec l’histoire, d’autres fois des tensions avec le présent. Le futur est la part du rêve, celui que nous devons partager, celui que nous devons traverser.

Patrick Bouchain est notre invité d’honneur. Avec lui, nous avons fait acte d’exposition comme nous faisons acte d’architecture. L’œuvre initiale de la Biennale est le bâtiment du Frac – les Turbulences – que nous avons retourné, sublimé, pour le vivre autrement. Faire une exposition d’architecture c’est aussi, et surtout, expérimenter le lieu même où nous nous trouvons. Comme un dernier geste, avant le prochain, Patrick Bouchain revisite le hall des Turbulences pour en faire un Haut-lieu de l’hospitalité. Il est le territoire qui accueillera toute l’hospitalité du monde et la demeure de la 36 001e commune de France, fondée par le PEROU.

Le parcours de la Biennale se déploie à travers la métropole orléanaise mais également dans toute la région. Le « réel » – l’urbanisme, les rues, les murs, les bruits, les odeurs – devient ainsi partie prenante de la narration globale. Ainsi, en est-il de la scène architecturale expérimentale espagnole, des années 1960 et de la jeune génération actuelle, à l’honneur rue Jeanne-d’Arc à Orléans. Vingt-deux drapeaux conçus pour l’occasion sont installés à l’endroit où la ville célèbre par une tradition du pavoisement ses fêtes populaires – les fêtes de la Loire et les fêtes de Jeanne d’Arc. Par cet acte, la Biennale prend place non pas dans un espace public mais dans sa tradition, son usage.

Aux Tanneries – Centre d’art contemporain d’Amilly, la première grande monographie consacrée à Guy Rottier active de nouveau l’absurde, la radicalité, la transgression, mais aussi une « tendresse subversive » comme moteur de l’innovation en architecture et en urbanisme. La Biennale est aussi l’endroit où discuter de la mémoire des territoires absents de la collection. C’est le cas d’un dialogue que nous engageons avec l’œuvre de Demas Nwoko, et de la conférence qui lui est consacrée. On l’aura compris, la Biennale traverse les territoires, de la région et de la ville, tout en traversant les rêves des architectes et des artistes. La Biennale d’Architecture d’Orléans est sous-tendue par l’espoir que le visiteur soit traduit lui-même en œuvres lorsqu’il passera dans les différents espaces et lieux investis par cet événement.

Abdelkader Damani & Luca Galofaro

Architectes et artistes

2A+P/A

Gianfranco Bombaci et Matteo Costanzo

(Italie, 1975 et 1973)

Agence créée à Rome en 2008, 2A+P/A a engagé dès ses débuts une démarche d’investigation des modèles historiques. Les fondateurs, Gianfranco Bombaci et Matteo Costanzo, alors étudiants, collaborent pour la première fois en 1998 dans le cadre du magazine 2A+P, marqué à la fois par les nouvelles technologies et l’architecture radicale italienne. Pour la Biennale, l’agence interprète un dessin de l’architecte Ettore Sottsass, Architettura Monumentale (2003) dont la vue axonométrique présente un volume noir mystérieux, percé de quelques ouvertures colorées et dont la base s’aligne à un dallage qui, paradoxalement, se poursuit jusque dans les espaces du rez-dechaussée. 2A+P/A s’intéresse particulièrement à cette porosité existant entre sphères privée et publique. Le nouveau récit qui en est proposé émane tout autant d’une traduction subjective de l’image originale que de la collaboration imaginaire que l’agence décide d’inventer avec le célèbre architecte. En résulte une structure tridimensionnelle imposante noire, de plan carré de 5,5 m de côté sur 5,5 m de hauteur. En quête d’un écart subtil entre le dessin, le modèle et sa transposition physique, l’agence imagine de possibles destins à ce qui n’est que supposé dans le projet de Sottsass : espace domestique ou bien, ici, cabinet de curiosités intentionnellement déplacé dans l’espace public. Le pavillon se propose en effet de remobiliser cette forme traditionnelle en inventant un cabinet d’architecture dont les artificilia, objets créés par l’Homme, seront des reproductions de dessins d’architectes importants dans l’univers de 2A+P/A.

amid.cero9

Cristina Díaz Moreno et Efrén García Grinda

(Espagne, 1971 et 1966)

Depuis 2003, l ’agence amid.cero9 développe un travail situé à la croisée du design et des biotechnologies. Elle fait appel à des logiciels de simulation numérique afin de réfléchir à une nouvelle forme d’architecture pop. Nocturnalia est une ville imaginée par amid.cero9 à l ’occasion d’un premier projet réalisé à l’espace CAMPO (Rome) en 2015. Le collectif a décidé de réinterpréter ce projet sous forme de drapeau, en réalisant un plan abstrait de cette ville imaginaire. Nocturnalia est une cité où le repos se traduit comme la dernière forme de résistance, de liberté, d’existence collective. La productivité et la connectivité régissent la vie privée des habitants et menacent de contaminer la vie collective. La mondialisation et l’uniformité qui en découlent ont fait disparaître les foyers, les maisons et les espaces domestiques. Chaque nuit, les habitants se promènent dans la ville pour se retrouver au baptistère et dormir ensemble. Dormir en public n’est plus un symptôme de pauvreté, de maladie, d’exclusion sociale, mais un rituel collectif, le seul qui subsiste et qui témoigne de la vie véritable. Le temps de sommeil est la dernière temporalité qui échappe à une exploitation globalisée et respecte encore notre rythme biologique. Ce repos ultime s’oppose à la frénésie des marchés et de l’informatique et s’impose comme une nécessité vitale.

Aristide Antonas

(Grèce, 1963)

Architecte, docteur en philosophie, auteur de six ouvrages de fiction et de deux pièces de théâtre, Aristide Antonas conçoit, au sein de son agence, de nombreux projets de logements privés. À la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, il propose deux « planchers volants » qui expriment ici le rêve mélancolique d’une vie domestique autonome, totalement prise dans une réalité interconnectée. Dans The Narrative of the Flying Floor [Le récit des sols volants], l’architecte réduit l’habitat à quelques signes – paroi, plancher, ouverture – ramenant les deux structures à une cellule type, mais dépourvue de mur. Plaçant l’habitant dans une intimité paradoxale, puisque son image se dissout dans la sphère publique, l’espace domestique ne s’envisage plus comme une demeure ou un refuge, mais comme un lieu transparent, destiné à un être interconnecté en permanence et devenu public. Bien qu’arraché du sol, l’habitat, qui invite à se retirer temporairement du monde, est désormais poreux. L’approche narrative d’Aristide Antonas ouvre à des récits questionnant le devenir de l’identité. L’installation joue de la métaphore pour questionner la fonction de l’habitat aujourd’hui.

Architecture Principe

Claude Parent et Paul Virilio

(France, 1923-2016 et France, 1932)

Claude Parent et Paul Virilio fondent le groupe Architecture Principe en 1963. La fonction oblique sera le fil conducteur des neuf numéros de la revue Architecture Principe, qui paraîtront de février à décembre 1966. Ils mettront un terme à leur collaboration après les événements de Mai 1968. Claude Parent a reçu le Grand Prix national de l’architecture en 1979 et fut membre de l’Académie des beaux-arts de 2005 à sa disparition.

En 2009, une exposition monographique à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine fut consacrée à cette figure-phare de l’histoire de l’architecture du XXe siècle. Auteur de nombreux essais sur la vitesse et la technologie, Paul Virilio dirige la collection Espace critique (Ed. Galilée) et collabore régulièrement à de nombreuses publications. Il a été professeur et directeur de l’Ecole Spéciale d’Architecture et a reçu le Grand Prix national de la Critique d’Architecture en 1987.

Conçus et réalisés pour le Domaine du Muy, parc de sculptures contemporaines, en 2010, Les îlots prolongent les recherches menées pendant plus de 50 ans par l’architecte sur le basculement de l’espace moderne à l’oblique. Les plans inclinés, les formes irrégulières et discontinues sont remarquablement combinées dans cette oeuvre praticable composée de bases en acier et d’assises en aluminium, à la fois mobilier de design et sculpture. Évoquant la fracture géologique, ces monolithes établissent un nouveau rapport au plan fondé sur l’instabilité et le déséquilibre. Ancrées dans le paysage à la façon d’espaces insulaires, les sculptures invitent le spectateur à s’y reposer un instant et à ralentir le flux de la ville. L’oblique modifie alors la perception de l’usager sur son environnement quotidien : ce nouveau point de vue conduit à expérimenter par le corps un nouvel état de réceptivité, de participation et d’adhésion à l’espace urbain.

Archizoom Associati

Andrea Branzi (Italie, 1938), Gilberto Corretti (Italie, 1941), Paolo Deganello (Italie, 1940), Massimo Morozzi (Italie, 1941), à partir de 1968 : Dario et Lucia Bartolini (Italie, 1943 et 1944)

(Italie)

La série de dessins des Structures en liquéfaction peut se lire comme une réflexion critique sur l’espace et les objets qui nous entourent. Décomposées comme sous l’effet de l’apesanteur, les Structures en liquéfaction questionnent la pertinence d’un monde saturé d’objets et détermine un nouveau rapport à l’espace, émancipé de tout repère géométrique. Ce projet radical constitue un tournant essentiel dans la recherche d’Archizoom : si l’utilisation de couleurs vives et le séquençage dynamique des dessins (type « story-board ») soulignent encore l’influence de l’esthétique pop et d’Archigram, le concept même de liquéfaction annonce la notion d’architecture disséminée que le groupe et Andréa Branzi développeront dès 1969 avec No-Stop City. Modèle d’urbanisation globale, No-Stop City met en effet en oeuvre l’idée de la disparition de l’architecture à l’intérieur de la métropole. Cette « ville sans fin » présente la même organisation qu’une usine ou un supermarché. Les espaces intérieurs, pensés comme une sorte de parking aménagé de meubles habitables, sont éclairés artificiellement, climatisés, et permettent à l’individu de réaliser lui-même son habitat à travers de nouvelles formes d’association et de communauté. Analyse radicale du projet d’architecture et de design, No-Stop City offre ainsi le modèle d’une ville immatérielle, vouée au seul flux continu des informations, des réseaux technologiques, des marchés et des services, consommant la disparition de l’architecture dans un pur urbanisme débarrassé de toute valeur symbolique.

Fondé à Florence en 1966 et dissout en 1974, le groupe Archizoom se composait d’Andrea Branzi, de Gilberto Corretti, de Paolo Deganello, de Massimo Morozzi et, à partir de 1968, de Dario et Lucia Bartolini. Archizoom produit de nombreux textes critiques et participe aux expositions Superarchitettura (1966), les XIVe et XVe Triennales de Milan (1968 et 1973) et l’exposition Italy : the New Domestic Landscape, organisée par Emilio Ambasz au MoMA à New York (1972).

Les membres d’Archizoom furent, en 1974, parmi les fondateurs de Global Tools, contre-école d’architecture et de design qui défendait le libre développement de la créativité individuelle. Les archives du groupe sont conservées aujourd’hui au Centro Studi e Archivio della Communicazione Università degli Studi di Parma, au Centre Georges Pompidou à Paris, et au FRAC Centre-Val de Loire à Orléans.

Archizoom Associati, No-Stop City, 1969-2001

Jordi Bernadó

Jordi Bernadó, Hic Sunt Leones, 2013

(Espagne, 1966)

Hic Sunt Leones [Ici les lions] est une réflexion poétique et originale sur le thème de la conception de prisons. Cette fiction présente le Centre pénitentiaire Mas d’Enric, conçu par les cabinets AiB arquitectes et Estudi PSP Arquitectura et construit à Tarragone (Catalogne, Espagne). Les récits habituellement caractéristiques de la communication architecturale s’y trouvent totalement renversés. Ce court-métrage s’intéresse principalement au concept qui est à la base du design, et explore l’intime et subtile sensation d’isolement liée à certaines des expériences les plus intenses de la vie humaine, telles que le péché et l’emprisonnement.

Ce film a été produit dans le cadre de l’ouvrage intitulé Critical Prison Design, publié en 2014 chez Actar et écrit par Roger Paez, architecte principal au sein d’AiB arquitectes.

Pierre Bernard

(France, 1951-2013)

Architecte-urbaniste et sculpteur, Pierre Bernard a eu une pratique systématique du crochet. Il a développé une réflexion autour des dynamiques urbaines et de la morphogenèse dont les lois déterminent les formes et les structures organiques. L’installation présentée au théâtre d’Orléans suspend plusieurs centaines de sculptures de coton cordé qu’il crochetait lorsqu’il était dans les transports communs. Il précise : « l’origine de mes sculptures au crochet date d’une trentaine d’années. C’est un moyen que j’ai choisi pour mener une recherche sur les formes : essayer de comprendre « de l’intérieur » l’ondulation d’une feuille de houx, la règle de croissance de la coquille d’escargot, la structure d’une oreille… Les mailles qui se suivent, sont pour moi comme un chapelet que l’on égraine ; ce sont des parcelles de temps qui prennent corps. C’est un travail sur la limite, sur le bord : dans le même temps se constituent un intérieur et un extérieur. C’est aussi une manière de générer des formes complexes avec un fil continu, à partir d’une même maille simple, et avec deux seules modulations, doubler ou sauter une maille. Ces topologies molles peuvent prendre une infinité de postures, mais elles ont aussi des états stables, et une forme idéale ».

Tatiana Bilbao

(Mexique, 1972)

Après avoir cofondé en 1999 le Laboratoire de recherche sur l’architecture et l’urbanisme à Mexico (LCM), Tatiana Bilbao dirige depuis 2004 un studio spécialisé dans le logement et l’architecture durable. Commandité par le gouvernement mexicain pour encourager l’accès à la propriété des familles à faibles revenus, ce projet répond à l’alarmante pénurie de logements existant dans le pays d’Amérique latine connaissant l’un des taux de croissance démographique les plus forts. L’objectif consiste à créer un nouveau type de logement qualitatif et durable à prix abordable pour remplacer progressivement les habitats rudimentaires et les bidonvilles. Pour la plupart des deux milles acquéreurs potentiels interrogés par Bilbao, c’est un habitat ressemblant « à une maison finie » qui est souhaité, sans toiture plate, signe pour les Mexicains de précarité. En découle une structure au toit à double pente, personnalisable en fonction du nombre de résidents ainsi que des spécificités culturelles répondant aux conditions climatiques, variables d’un bout à l’autre du pays. À partir d’un noyau fixe en béton, chacun peut, en fonction de ses besoins et de son budget, organiser des modules faits de palettes de bois légères et peu coûteuses et les décliner en parois fermées ou ouvertes comme des claustras. Les avantages de ce dispositif modulaire sont multiples : économie, adaptabilité, développement par étapes, singularité de chaque logement et espace habitable dépassant les 43 m² officiellement réclamés par le gouvernement.

BLACK SQUARE

Maria Giudici

(Italie, 1980)

Fondée en 2014 et basée à Londres et à Milan, l’agence Black Square propose ici une série de douze maquettes carrées noires, illustrées par douze tirages et un livre, qui donnent à lire une lente disparition des reliefs de chaque module sur chacun des supports. À cet effacement progressif s’ajoute une autre atténuation, celle de la forme même des maquettes dont l’image photographique voile la densité et la netteté des contours. Avec ce projet au titre faisant explicitement référence à une forme d’action collective (les membres des blacks blocs anarchistes arrivent, agissent et repartent dans l’anonymat le plus strict avant et après une action groupée violente, stratégie apparue à Berlin- Ouest dans les années 1980), Maria Giudici interroge ce qui relève de l’iconoclasme, au travers des incidences qui se produisent entre la forme et l’image. L’impossibilité pour une image de traduire complètement un objet tridimensionnel, une partie demeurant toujours cachée, de même que la quasi-irreproductibilité d’objets de couleur noire, conduisent l’architecte à frôler la limite du visible. Reste ce qui fait « bloc », la densité d’un non-espace impénétrable prêt à s’effacer pour laisser place, non pas au vide, mais à la reconnaissance que ce qui nous attend n’existe encore pas.

Bony Mosconi

Henri Bony et Léa Mosconi

(France, 1987 et 1984)

Architectes, chercheurs et commissaires d’expositions, Henri Bony et Léa Mosconi interrogent les caractéristiques de la modernité en mettant en place des groupes de réflexion pluridisciplinaires. À l’occasion de la Biennale, les architectes conçoivent une installation mettant en perspective la crise rencontrée par l’humanité à l’ère de l’Anthropocène. Cette période géologique ayant débuté avec la révolution industrielle, moment où les activités humaines commencent à avoir un impact significatif sur l’écosystème terrestre, croise chez Bony et Mosconi la question de la modernité. Programmé au Frac Centre-Val de Loire, deux architectes participent à un duel tentant de saisir les traits du « monstre moderne ». Joute dessinée de plusieurs heures, la performance est accompagnée des entretiens vidéos réalisés par Bony et Mosconi avec des historiens et philosophes au cours de l’année 2017, notamment le penseur Bruno Latour.
L’installation se développe sur la base d’une collecte de pensées ici remises en jeu sous le regard du public.

www.bonymosconi.fr

Henri Bony & Léa Mosconi, Dessiner le monstre moderne, 2017. Courtesy Bony Mosconi

Patrick Bouchain

(France, 1945)

Architecte invité d’honneur de la Biennale d’Architecture d’Orléans qui lui consacre une exposition d’envergure, Patrick Bouchain est passé maître dans l’art de capter, de fédérer, de révéler les intelligences et les savoir-faire pour habiter le monde autrement. Posant un regard rétrospectif sur cinq décennies de création, cette exposition propose un inventaire inédit des quelque cent cinquante projets conçus par Patrick Bouchain de 1967 à 2017. Elle fait suite à la donation des archives de l’architecte au Frac Centre-Val de Loire, dont la collection est l’une des plus importantes au monde pour l’architecture dans son rapport à l’expérimentation et à l’utopie. Cette monographie mise ainsi sur un corpus de ressources exceptionnel, à même de renouveler l’état du savoir sur l’oeuvre de Patrick Bouchain tout en rediscutant le sens de la collection d’architecture. Conçue comme un atlas, l’exposition révèle pour la première fois le contenu des nombreux carnets constitués au gré de chaque projet. Ils sont pour l’architecte nomade un outil de relevé du monde, où s’entremêlent les circonvolutions du dessin, du collage et de l’écriture, où s’impriment les rebonds d’une pensée orale et désirante, indéfectiblement stimulée par le dialogue avec la société.

Première édition de la Biennale d'Architecture d'Orléans – Frac Centre – Val de Loire

Alexander Brodsky

(Russie, 1955)

Artiste et architecte associé au mouvement de « l’architecture de papier » qui s’oppose à l’habitat standardisé en Russie, Alexander Brodsky s’installe à New York dans les années 1990 avant d’ouvrir son atelier à Moscou. L’installation composée de panneaux d’argile crue, et la série de gravures et sérigraphies empruntent à des registres variés : paysage romantique, scène de genre et relevés archéologiques en relief. Entre recherche formelle autour de la perspective géométrique et anecdote cocasse, Brodsky porte un regard critique sur une modernité à l’état de ruine. Les matériaux utilisés traduisent ainsi la fragilité de ces architectures et promesses sur lesquelles reposent nos villes. Au bord de la disparition, le monument, inspiré ici du Panthéon de Rome doté de sa voûte à caissons et de son oculus central, y est ramené au statut de signe qui prend littéralement l’eau. Ces espaces désolés sont autant de lieux pensés comme une méditation philosophique sur la fin des utopies. Ils convoquent des filiations critiques et résonnent avec le thème de fin de l’histoire.

Fabrizio Caròla

(Italie, 1931)

Depuis une quarantaine d’années, l’architecte italien Fabrizio Caròla, passionné par l’Afrique qu’il découvre en 1972, édifie des bâtiments en forme de dômes, de coupoles ou d’arcs. Construits pour la majorité sur le sol africain dans le respect des techniques traditionnelles de construction nubienne, ses projets cherchent à répondre durablement aux besoins de populations défavorisées. L’agrandissement de l’hôpital de Kaédi en Mauritanie (1984), adossé au bâtiment initial de plan orthogonal datant de l’époque coloniale, est exemplaire de la démarche de Caròla, en quête d’une relation symbiotique entre le sujet et le lieu et toujours respectueuse des modes de vie, en particulier ici du besoin des familles de rester près du malade durant son hospitalisation. À cette fin, l’architecte éclate le plan en plusieurs groupes de cercles qui, autour des chambres centrales des patients, offrent des espaces de résidence pour les proches. Il recourt à la technique de construction ancestrale au compas, permettant de monter des coupoles en briques de terre crue ou cuite, sans fil à plomb ni machines. En cela, il privilégie l’économie locale avec ses matériaux trouvés sur place, sa main-d’oeuvre disponible et ses savoirfaire artisanaux qu’il tient à préserver. Partisan d’une architecture sans architecte, Caròla préfère édifier des « signes » dont la raison première consiste à répondre aux besoins humains.

Collectif Cavart

(Italie, 1970-1977)

Actif entre 1970 et 1977, le groupe italien Cavart est né dans un contexte de contre-culture marqué par l’affirmation de pratiques « radicales » en architecture. Cavart développe une critique du capitalisme en misant sur l’écologie, l’action collective et la participation citoyenne comme « conditions absolues » d’une réappropriation de l’espace social. Entre 1973 et 1975, ils réalisent une série d’interventions dans les carrières (en italien cava) de la région de Padoue. Ainsi le célèbre Séminario Cavart 1975, conçu comme un « concours-séminaire visant la conception d’architectures impossibles », réunissait architectes, designers, acteurs et poètes pour générer des oeuvres destinées à « libérer l’architecture de ses contraintes » et conçues comme des environnements supports de débat. Entre 1974 et 1977, Cavart conjugue les projets théoriques (sur « les nouvelles formes de paysages »), la production de films expérimentaux (Design &cologico ou Santa Ecologia Vergine e Martire, qui remporte en 1974 le prix Centro Psicografico di Maser) et la pratique de l’exposition (Prospettiva del 21.mo secolo e Guernica, L’esplorazione del territorio del corpo, à Padoue ou La Balenale, Biennale de Venise 1976).

Nidhal Chamekh

(Tunisie, 1985)

Né à Tunis, Nidhal Chamekh a été marqué par l’engagement militant de sa famille. Il arrive à Paris en 2008 et engage une thèse à l’université Paris I. Traducteur auprès des migrants du camp de Calais dénommé « La Jungle », l’artiste a entrepris depuis les débuts de l’installation une démarche documentaire reposant sur une pratique de relevés graphiques et photographiques. L’environnement pensé par Chamekh réunit une partie de cette collecte ainsi qu’une vidéo montrant en un long plan fixe une habitation sombrant dans les flammes (Never give up). Précédant le démantèlement organisé par la préfecture du Pas-de-Calais en mars 2016, plusieurs réfugiés, contraints d’abandonner ce qu’ils avaient construit et inventé ensemble, ont en effet, mis le feu à leurs habitations de fortune. L’ensemble de cette mémoire est augmenté de cinq assemblages agencés selon des notions spécifiques : « lieu commun », « partager », « multiplier », « s’attacher », et « voler ». Un grand drapeau-étendard en bâche bleue réinvestit le symbole national avec les matériaux du camp. Ces assemblages, en confrontant des espaces-temps hétérogènes, en instaurant des écarts, voire des doutes sur l’histoire telle qu’elle se dit, interrogent ce qui fonde notre rapport au monde, c’est-à-dire l’habiter ensemble : contrairement aux idées reçues, la destruction massive de la jungle n’a-t-elle pas plutôt visé l’arrêt d’une expérience inédite, celle de créer et de vivre un monde du commun ?

Chanéac (Jean-Louis Rey)

(France, 1931-1993)

Chanéac défend une architecture organique, évolutive et mobile par l’implantation de cellules individuelles. En 1967, il développe le projet de Ville alligator , dont le principe consiste à soulever la trame de circulation pour créer un espace entre elle et le sol naturel. Il s’agit alors de mettre les « entrailles » de l’organisation urbaine en évidence en les soulevant du sol pour en déduire la forme et la structure même de la cité. Agrippée à de grandes arches qui transforment le paysage urbain en collines artificielles, la cellule plastique industrialisée constitue l’unité de base d’un habitat flexible et mobile ouvrant désormais à un espace relationnel et organique. Les circulations y jouent un rôle d’interface, à l’instar des pores de la peau. Comme le reptile, la structure permet de passer d’un milieu à un autre. En cela, le projet participe de l’effort d’expansion de l’architecture vers de nouveaux environnements dans les années 1960. Il s’inscrit dans ce que le critique français Michel Ragon nommait « l’urbanisme futurologique ».

Constant

(Pays-Bas, 1920-2005)

Peintre de formation, Constant fonde en 1948 le mouvement international COBRA avec plusieurs dissidents surréalistes européens, et défend un art libre, spontané et joyeux qui renoue avec l’universel par la recherche de formes archétypales. Il entame dans les années 1950 une réflexion sur la réalité urbaine, incitant à la nomadisation et à la généralisation d’un comportement ludique. Il se consacrera ainsi exclusivement pendant dix-huit ans à New Babylon, illustration radicale de « l’urbanisme unitaire situationniste ». New Babylon est un « environnement artificiel », une architecture technologique de réseaux qui se fonde sur le nomadisme, le jeu et le changement créateur. Cette ville prend la forme d’un espace labyrinthique où les mouvements ne subissent plus la contrainte de quelque organisation spatiale ou temporelle. C’est le déplacement des individus qui entraîne la transformation de l’architecture ; la mobilité est ici celle de la migration. Ainsi, « la forme labyrinthique de l’espace social new babylonien est l’expression directe de l’indépendance sociale ». La création devient un processus permanent, une activité quotidienne : « Comme le peintre qui crée à partir de quelques couleurs seulement une infinie variété de formes, de contrastes, de styles, les New Babyloniens peuvent varier sans cesse leur environnement, le renouveler, le recréer, en se servant des instruments de la technique. » (Constant)

Riccardo Dalisi

(Italie, 1931)

Au début des années 1970, Riccardo Dalisi mène avec des enfants du quartier populaire Traiano de Naples une série d’« ateliers » dans la rue, mettant en pratique des processus d’élaborations précaires du territoire à travers une « technique pauvre » (Tecnica povera). L’architecture est définie comme « expérience de l’espace », dans une crise de l’objet où seuls l’usage et l’appropriation importent. Dalisi distribue aux enfants des maquettes réalisées par ses étudiants de la faculté d’architecture à partir de matériaux pauvres, dont certaines illustrent des principes de comportement structurel de compression ou de traction. Instrument de participation, la maquette devient ainsi l’outil d’une « architecture de l’imprévisibilité », d’une économie du « désordre créatif » ancrée dans le vécu. Ces expérimentations spatiales incarnent ainsi la quintessence de l’architecture radicale comme « architecture de la relation », entre l’individu et le collectif, entre l’objet et son environnement culturel, dans lequel théorie et praxis sont indissociables.

ecoLogicStudio

Claudia Pasquero et Marco Poletto

(Italie, 1974 et 1975)

Les jardins fluviaux de la Loire | A turbulent urbanity, conçus par ecoLogicStudio, s’attachent à réfléchir aux moyens d’appréhender la nature turbulente de la Loire, ce « fleuve sauvage », pour spéculer sur un modèle d’urbanité prospectif à Orléans. Cherchant à dépasser la contradiction entre préservation du patrimoine naturel et développement de la ville, et avec l’objectif de développer une urbanité en coévolution avec le caractère dynamique du fleuve, son microclimat, sa capacité à s’autoréguler, ecoLogicStudio met en oeuvre ce qu’elle nomme une « mémoire spatiale décentralisée ». Partant du constat que la gestion des risques des catastrophes n’est confiée qu’à quelques personnes, sans partage, l’agence développe un nouveau protocole, fondé cette fois sur l’intelligence et les ressources collectives locales. À cette fin, ecoLogicStudio propose, à travers une grille opérationnelle apposée sur la portion de la Loire, plusieurs scénarios de Jardins, hypothèses d’usages futurs : Garden of Accretion, Garden of Crystallization, Garden of Entanglement et Garden of Sedimentation. Ces « champs opérationnels », également matérialisés par un support agissant directement sur les formes d’évolution géologique du fleuve, offrent un moyen d’intervenir directement sur son lit. pport agissant directement sur les formes d’évolution géologique du fleuve, offrent un moyen d’intervenir directement sur son lit.

Gilles Ehrmann

(France, 1928–2005)

Claude Parent a cherché à redéfinir nos espaces de vie en édifiant des bâtiments perturbateurs aux sols et aux murs inclinés, dans un rapport critique au plan moderne, traditionnellement horizontal. Entre 1963 et 1968, au sein d’Architecture Principe, il développe avec Paul Virilio la théorie de la fonction oblique : un nouveau rapport au sol fondé sur l’instabilité et le déséquilibre. En 1970, commissaire du Pavillon Français de la Biennale d’art de Venise, Parent concrétise à grande échelle ses systèmes de rampes inclinées. Intitulé La ligne de plus grande pente, le « praticable » de Venise est un projet collaboratif dont chaque étape est photographiée par Gilles Ehrmann. Une sélection des 282 prises de vues constitutives de cette œuvre photographique recouvre l’ensemble des parois de la borne, documentant les interventions des artistes Bellaguet, Buri, Cousin, Morellet et Mannoni dans une forme expérimentale et joyeuse de synthèse des arts.

David Georges Emmerich

(Hongrie, 1925 - France, 1996)

Architecte et ingénieur, David Georges Emmerich explore dès les années 1950 les lois de constitution de la forme architecturale à travers la morphogenèse : les formes sont des « êtres géométriques dans l’espace » qui s’organisent selon des lois propres, à l’instar des structures naturelles. Sensible aux questions d’autoconstruction, de croissance et de mobilité, Emmerich entend réconcilier architecture et ingénierie pour créer des habitats convertibles, polyfonctionnels, à croissance organique, grâce à la combinaison d’éléments standardisés. Emmerich conçoit ainsi à partir d’un jeu de mikado le principe des Structures Autotendantes, où l’équilibre entre traction et compression aboutit à une construction stable et indéformable, où les éléments sont solidarisés les uns aux autres. Il s’agit d’un « jeu d’entassement ou de dispersion libre, un jeu de mouvement et de croissance, dont la richesse morphologique, inhérente aux structures naturelles, est pratiquement inépuisable » (Emmerich). Sans fondation et temporaire, l’autotendant peut constituer la charpente d’un habitat ou la structure primaire d’un ensemble d’habitacles modulaires.

Encore Heureux

Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard

(Algérie, 1977 - France, 1977 - France, 1973)

La rencontre entre Patrick Bouchain et Encore Heureux fut déterminante pour l’agence fondée par Nicola Delon et Julien Choppin à Paris en 2011. Les deux architectes réalisent aujourd’hui un film pour saisir la parole, le discours et la pensée au coeur de l’architecture de Patrick Bouchain. Si la syntaxe du film évoque la manière de Boutang captant Deleuze à travers l’Abécédaire, le projet d’Encore heureux est un dialogue intime et complice mené en juin 2014 sur une plage du Pas-de-Calais. Dans cet entretien, Patrick Bouchain révèle la puissance de la parole et du partage dans le rapport qu’il entretient à l’architecture. Les réalisateurs montrent que « son éloquence donne envie de construire et d’habiter la complexité du monde, sans fausse simplification. Parler avec Patrick, c’est être face à un sportif, un boxeur qui joue avec nos questions, les esquive, nous emmène très loin, puis conclut après plusieurs pirouettes insoupçonnées. C’est cette puissante rhétorique que nous avons décidé de filmer. Nous voulons transmettre et partager cet art oratoire, qui est la charpente de son architecture. Il y a dans cette volubilité une puissance narrative fascinante, une manière très particulière de construire des histoires. »

Ensamble Studio

Antón García-Abril et Débora Mesa

(Espagne, 1969 et Etats-Unis, 1981)

Construire de ses propres mains une partie de la nature en intervenant le moins possible sur le territoire existant, transformer la matière en espace habitable, intensifier la perception des spécificités de l’environnement par des processus mimétiques, tels sont les objectifs que se fixent Antón García-Abril et Débora Mesa. Pour le « Tippet Rise Art Center », vaste site bordant le parc national de Yellowstone au nord-ouest des États-Unis, ils érigent trois monumentales « structures de paysage », Domo, Inverted Portal et Beartooth Portal. Le film proposé ici témoigne de ces mélanges entre le paysage et la sculpture, la sculpture et l’architecture évoquant autant des excroissances naturelles que des ruines. Véritablement faites de paysage, c’est-à-dire avec la terre du « Tippet Rise », ces structures ont été façonnées pour faire écho aux profils montagneux environnants sans pour autant les imiter totalement, l’emprise humaine étant subtilement présente, tant dans leur structure complexe que dans la matérialité plissée de leur surface. Les quatre maquettes de tours en béton issues de la série Towers of Landscape [Tours de Paysage] sont des expérimentations à échelle 1:1 guidées par quatre types de développements géologiques : Reticulated [Réticulé], Layered [Stratifié], Melted [Fondu] et Excavated [Excavé]. Les architectes envisagent ici de nouveaux procédés, l’agrégat du béton armé et de la terre, dans le but d’intensifier la résonance du construit avec la magie du lieu.

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Symposiums

Palestine Terre des rêves, un état rêvé

La production architecturale à la lumière du rêve d’un état/nation

Lorsqu’il s’agit de la scène architecturale en Palestine, une série de questions demeurent sans réponse. De nombreux historiens se concentrent sur l’histoire et l’héritage de l’architecture palestinienne ; d’autres sur le futur de la Palestine parlant de concepts reliés à la décolonisation de l’architecture.

Ce colloque aborde la production architecturale en Palestine à la lumière du/des rêve(s) palestinien(s) d’un état/nation.

Le colloque se concentre principalement sur les états changeants du rêve et de ses répercussions sur la scène (architecturale). L’ensemble du thème explore l’architecture et l’environnement bâti en Palestine comme moyen de compréhension du rêve palestinien et son lien au monde arabe global compris dans son ensemble et des transformations que ce dernier subit en ce moment.

Des professeurs du Département d’Architecture de l’Université de Birzeit en Palestine sont invités à mener une journée de tables-rondes sur l’état de la scène architecturale contemporaine.

Intervenants :

Intervenants : Mr Dr. Yasser Elsheshtawy, Mme Arch. Nadia Habash, Mr Dr. Arch. Shadi Ghadban, Mr Dr. Abaher El Sakka
Coordination scientifique : Mme Dr. Shaden Awad, Mme Arch. Dima Yaser, Mr Dr. Yasid Al Rifai

– Mr Dr. Yasser Elsheshtawy, professeur associé d’architecture à l’Université de Columbia et chercheur invité à l’Institut des États arabes du Golfe à Washington, DC
– Mme Arch. Nadia Habash, Chef de projet et directrice de Habash Consulting Engineers (HCE) et conférencière associée au Département d’Architecture de l’Université de Birzeit, Palestine
– Mr Dr. Arch. Shadi Ghadban, professeur agrégé au Département d’Ingénierie architecturale à la Faculté d’Ingénierie de l’Université de Birzeit, Palestine
– Mr Dr. Abaher El Sakka, professeur associé au département des sciences sociales et du comportement de l’Université de Birzeit, Palestine
Coordination scientifique :
– Mme Dr. Shaden Awad, Professeur du Département d’Architecture de l’Université de Birzeit
– Mme Arch. Dima Yaser, Professeur du Département d’Architecture de l’Université de Birzeit
– Mr Dr. Yasid Al Rifai, Président de la chaire architecturale de l’Université de Birzeit

Déroulé des tables-rondes :

Samedi 17 mars 2018
• De 11h à 13h : Terre des rêves
– Le Moyen-Orient : Architecture entre tradition et mondialisation
– Architecture palestinienne : la nostalgie contre le moderne
• De 14h30 à 16h30 : Le rêve des rêves – le projet d’un État
– Le politique – néolibéralisme: le rêve de l’État
– Architecture communautaire : l’imaginaire et la pratique
– La nouvelle ère : entre la Cisjordanie et Gaza

Navette gratuite Paris – Orléans

Le Frac Centre-Val de Loire met à disposition du public une navette aller-retour au départ de Paris :

• PARIS > ORLÉANS :

Départ de la navette à 8h30. Rendez-vous place Denfert-Rochereau – Paris 14e devant Monceau-Fleurs – 110 Avenue Denfert-Rochereau
Accès : RER B – métro lignes 4 et 6 – Bus 38, 68, 88, 276, Orly Bus – arrêt Denfert-Rochereau

• ORLÉANS > PARIS :

Navette de retour à 17h30. Rendez-vous devant le Frac Centre-Val de Loire.
Arrivée à Paris estimée aux alentours de 19h30 – heure susceptible d’évoluer en fonction du trafic routier.

Réservation conseillée pour la navette : contact@frac-centre.fr
Tables-rondes en anglais et suivies d’un débat
Entrée libre

Est-il encore possible d’être un étranger ?

L’objet de cette journée veut contribuer à explorer les vertus de l’étrangéité, dans quelque situation que ce soit. Quel étranger peut-on vouloir devenir ?

Nous proposons alors une réflexion sur le thème suivant : il est nécessaire d’être étranger. Non seulement l’étrangéité est une condition indispensable de l’humanité, mais encore il peut-être requis d’apprendre à «faire figure d’étranger» pour préserver l’altérité, mais aussi la critique.

Une telle orientation pour une journée de travail au Frac Centre-Val de Loire repose sur une ligne générale : donner de la latitude à l’écart et à la possibilité d’œuvrer ensemble à partir d’horizons différents en l’occurrence ici celui de l’architecture dans sa relation aux autres disciplines. Car en effet, le propre de l’architecture est de créer de l’extranéité en permanence. L’architecture soulève les poids, détermine les limites, requalifie des nouveaux vides dans les vides disponibles et, surtout dirions-nous, installe le paysage. En installant le paysage l’architecture tente de résoudre un paradoxe : d’une part, la nécessaire mise à distance du monde pour nous mettre à l’abri ; d’autre part, l’impossibilité d’être autrement que partie prenante du monde pour en construire les narrations.

Coordination scientifique : Abdelkader Damani et Christian Ruby

News from utopia : cartographie de la recherche en architecture

Le symposium « cartographie de la recherche en architecture » réunit les écoles d’architecture à travers le monde pour poser les fondements d’un programme de recherche en architecture expérimentale que le Frac Centre-Val de Loire inaugurera à l’occasion de cette première édition.

Il a été demandé à chaque école de venir faire la présentation de leurs domaines et protocoles de recherche sous la forme d’un dialogue avec la collection du Frac Centre-Val de Loire. à la clôture de la Biennale, les années 2018 et 2019 seront l’occasion d’inviter les écoles pour un commissariat d’exposition-recherche à partir de la collection et des travaux menés dans les différents laboratoires.

Coordination scientifique : Luca Galofaro et Abdelkader Damani
Écoles invitées : Southern California Institute of Architecture, Los Angeles, USA / Università di Camerino, SAAD Ascoli Piceno, Italie / Architectural Theory, University of Innsbruck, Autriche / Institute for Advanced architecture of Catalonia, Barcelone, Espagne / Cooper Union, school of architecture, NYC, USA / Arquitectura en la Universidad Nacional de La Matanza, Buenos Aires, Argentine / Ecole nationale supérieure d’architecture de Nantes, France

Fatalité de la culture, limites de la contre‑culture. Autour de Patrick Bouchain.

La culture a toujours tendance à lisser, aplanir et « récupérer » tout en offrant le lustre d’une forme de dignité, tandis que la contre-culture est vouée à la marginalité si elle ne rencontre aucun écho « officiel » parmi les élites.

Fatalité de la culture et limites de la contre-culture : le travail et la trajectoire de Patrick Bouchain dessinent un terrain idéal pour réfléchir au cours de deux journées sur la fécondité et les apories de ce drôle de couple avec en toile de fond la collection du Frac Centre-Val de Loire, qui depuis plus de vingt ans façonne bien des imaginaires.

Ajoutons-y l’architecture où, comme chacun sait, l’on y construit pour les autres et avec les sous des autres, et nous obtenons un champ idéal de controverses.

Grand Témoin : Patrick Bouchain
Coordination scientifique : Jean-Louis Violeau
Intervenants : Loïc Blondiaux, Xavier Fouquet, Anne Debarre, Michel Bertreux, Aurélien Bellanger, Julien Perraud, Catherine Dohmen, Gilles Delalex, Hubert Tonka, Encore Heureux

Terre Mentale

Au territoire historiquement planifié, fortifié, canalisé, semble s’opposer un modèle récent qui relève d’une approche locale, spontanée et collective, une démarche qui a initié sa distillation dans les lieux inoccupés, les friches. L’architecte change de statut, coopère, habite et partage le projet avec les habitants. Les rôles se confondent pour aboutir à un vaste recyclage urbain à vocation humaniste et convivial. En explorant le lexique de l’écologie, à la notion de palimpseste incarnant une superposition statique se substitueraient celles de la sédimentation et de la taphonomie.

Territoire meuble aux contours imprécis, la Loire incarne cette nature ouverte et fantomatique. Elle constitue un modèle pour penser l’ensemble d’un territoire régional dont les disparités culturelles, économiques, sociales et la centralité-même interdisent toute réduction derrière une seule identité pour lui préférer le principe d’identités multiples.

Les nouvelles pratiques collaboratives offrent-elles des nouveaux territoires à explorer ? Serait-il possible de définir l’identité de notre territoire en tant qu’ouverture vers le monde ?

Cette rencontre prendra place dans le cadre des cartes blanches de la 19e édition des Rendez-vous de l’histoire de Blois, organisée conjointement par la Fondation du doute, le CAUE 41 et le Frac Centre-Val de Loire.

Intervenants : Patrick Bouchain, « architecte » et constructeur, André Guillerme, ingénieur et historien.

Résidences

Depuis 2016, le Frac Centre-Val de Loire redéploie une importante programmation hors-les-murs qui envisage le territoire régional comme un espace du réel, un lieu habité et partagé, une terre meuble avec laquelle travailler, « chemin faisant ».

Deux résidences se déroulent au cours de La Biennale, organisées dans le cadre de partenariats particulièrement forts et structurants dans la programmation territoriale du Frac Centre-Val de Loire : l’Ecole nationale supérieure d’art de Bourges et le centre d’art contemporain Transpalette d’une part, et d’autre part le centre hospitalier départemental Georges Daumezon situé à Fleury-les-Aubrais. Les oeuvres réalisées in situ seront présentées à partir de janvier 2018.

En se dépliant sur six mois, la Biennale d’Architecture d’Orléans entend également infuser et infiltrer le réel au travers d’actions convoquant la durée, la maturation, la porosité et la capillarité comme principes actifs de la création.

Mengzhi Zheng – Artiste en résidence

Mengzhi Zheng sera accueilli en résidence au CHD Georges Daumezon durant le premier trimestre de la Biennale dans le cadre du programme de résidence mis en place depuis 2008 en partenariat avec le Frac Centre-Val de Loire. L’artiste réalisera une œuvre in situ pour l’espace culturel du CHD situé à Fleury-les-Aubrais.

Mengzhi Zheng © ADAGP, 2018CHD Daumézon

Depuis 2008 ont été organisées cinq résidences : DN / Grégory Niel et Laetitia Delafontaine (2008), Aï Kitahara (2010), Sophie Dubosc (2011), Fauguet & Cousinard (2014) et Anne Lemée (2015). Ce programme a apporté une dimension nouvelle à la politique culturelle du CHD. Elle offre la possibilité aux patients et aux personnels d’assister à la création d’une œuvre sur un temps donné. Cette résidence est un dispositif de soutien aux artistes, de valorisation du processus de création artistique et de sa médiation auprès de publics spécifiques. Chaque édition a également été l’occasion d’interroger l’hôpital psychiatrique en tant que lieu architecturé de soins et de traitements et de questionner le « faire société » à l’aune du champ psychiatrique, participant des débats qui l’animent aujourd’hui.

Inhabitats

Restitution de la résidence

Vernissage vendredi 19 janvier 2018

  • à 16h a l’Espace culturel Horace Torrubia – Établissement Public de Santé Mentale du Loiret Georges Daumézon, 1 route de Chanteau, Fleury-les-Aubrais
  • à 18h au Colombier, 69 rue du Colombier, Orléans

Restitution des recherches menées par l’artiste Mengzhi Zheng au cours de sa résidence de trois mois à l’Établissement Public de Santé Mentale du Loiret Georges Daumézon, Fleury-Les-Aubrais et dans le cadre de la Biennale d’Architecture d’Orléans.

En savoir plus

Exposition du 20 janvier 2018 au 08 février 2018

  • Espace Culturel Horace Torrubia – Établissement Public de Santé Mentale du Loiret Georges Daumézon
    Visites sur rendez-vous : mandreani@ch-daumezon45.fr – 02 38 60 57 20
    Rencontres publiques les 25 janvier et 1er février, de 14 à 16h
    Rencontre avec l’artiste le 8 février, de 14 à 16h
  • Le Colombier
    Visites du mercredi au vendredi, de 14h à 18h

Saba Innab – Architecte en résidence

L’artiste et architecte jordano-palestinienne Saba Innab a été accueillie en résidence à La Box / ENSA Bourges durant le premier trimestre de la Biennale et a réalisé dans ce cadre une œuvre in situ pour le centre d’art contemporain Transpalette. Témoignage de la relation forte entre La Box / Ensa Bourges, Transpalette et le Frac Centre-Val de Loire, cette production intégrera la collection du Frac et participera de son parcours d’exposition permanente à l’échelle du territoire régional.

© Saba InnabLa Box / Ensa Bourges

Installée dans un bâtiment du XVIIIe siècle et située dans le cœur historique de la ville, l’Ensa Bourges est un lieu de formation reconnu en France et à l’étranger pour la qualité de ses formations. Mais c’est aussi une structure active et identifiée dans les milieux professionnels, ouverte sur sa ville et sur son territoire. Au travers de sa galerie d’exposition, La Box, accueille en résidence de jeunes artistes français ou étrangers afin qu’ils réalisent un projet de recherche personnelle en lien avec l’école, ses enseignements, ses étudiants ou tout autre partenaire extérieur. L’étroite relation entre la théorie et la pratique ainsi que l’ouverture sur les domaines de l’exposition, de la diffusion, de l’édition, de l’intervention (avec La Box, la radio, la bibliothèque, le CEPIA) participe pleinement de cette transversalité qui identifie l’approche pédagogique de l’école.

Transpalette

Le centre d’art contemporain Transpalette, organe constitutif de l’association Emmetrop, existe depuis 1997 en tant que laboratoire d’expérimentations artistiques par la mise en jeu de son bâtiment même, implanté au sein de la friche culturelle l’Antre-peau à Bourges. Avec des espaces rénovés et rouverts en 2016, Transpalette « (…) se pense en Hub, en zone d’ arrimage flexible convoquant connaissances et interventions artistiques et intellectuelles. Hub, comme plate-forme intersectionnelle où se croisent des savoirs et des pratiques pour multiplier les champs d’investigations et de réflexions, pour rejouer l’hétérogénéité du monde, pour interroger la construction des identités, pour donner corps à des territoires réels ou imaginaires (…) ».

Home is past

Restitution de la résidence

Vernissage samedi 20 janvier 2018

à 15h à la Friche l’antre-peaux
Transpalette, Centre d’art contemporain
26 route de la Chapelle, Bourges

En savoir plus

Restitution du travail in situ produit par Saba Innab au cours de la résidence menée en partenariat avec La Box – ENSA Bourges et Transpalette, centre d’art contemporain dans le cadre de la Biennale d’Architecture d’Orléans.

Exposition

du mercredi au samedi de 14h à 19h
et sur rendez-vous : transpalette@emmetrop.fr